L\'atmosphère à l\'Université de Ouagadougou

Universités du Burkina : Menaces sur les cours et les examens

Les enseignants-chercheurs ne sont pas contents de la manière dont le gouvernement mène les discussions sur la revalorisation de leur statut. Ils l'ont fait savoir bruyamment, en claquant la porte des négociations qui ont eu lieu du 18 au 23 octobre 2010. Et il n'est pas exclu que ce mécontentement affecte le calendrier des cours et des compositions dans les universités publiques du Burkina Faso. C'est du moins ce qu'affirme le Pr Magloire Somé, secrétaire général du Syndicat national des enseignants-chercheurs (Synadec) dans cet entretien qu'il a accordé à Fasozine.com.


Fasozine.com : Les négociations avec le gouvernement sont actuellement bloquées. Cette situation ne générera-t-elle pas des perturbations des cours et compositions dans les universités ?

Pr Magloire Somé : C'est vous qui trouvez que les négociations sont actuellement bloquées. Mais pour le gouvernement, c'est peut-être le contraire.

Selon les syndicats, rien n'est encore fait. Des menaces pour l'année en cours ?

On ne peut pas de go parler de menaces. Parce si l'on parle de menaces, c'est comme ci l'année ne finira pas.

Les syndicats des enseignants du supérieur entameront-ils des suspensions de travaux pour protester contre le blocage des négociations ? Ce n'est pas impossible. Parce que pour le gouvernement, il n'y a pas de blocage mais pour nous il y a un problème. Et il faudra que nous nous fassions entendre. Actuellement nous analysons la situation en groupe. Dès le lendemain du jour où nous ayons claqué la porte, nous avons tenu une réunion et continuons à avoir des rencontres sur la question.

Tenez-vous à ce que le gouvernement organise la rencontre selon un calendrier spécifique ?

Lors des négociations l'année dernière avec les syndicats, le gouvernement avait dit qu'il appliquerait la loi à partir de janvier 2011. Nous avions longuement discuté au sujet de cette date et nous avions fini, grâce à la concertation entre nous, par décider de faire une concession au gouvernement et lui permettre d'appliquer la loi à partir de janvier 2011. Cette date est consensuelle et nous y tenons beaucoup.

Vous avez claqué la porte des négociations sur la revalorisation du statut de l'enseignant-chercheur. Que s'est-il réellement passé ?

Pour l'élaboration de la loi sur la revalorisation du statut de l'enseignant-chercheur, le gouvernement a mis en place un comité tripartite pour rédiger un avant-projet de loi. Ce comité se compose de la partie gouvernementale, des représentants des universités publiques du Burkina Faso et des partenaires sociaux que sont les syndicats. Au titre des partenaires sociaux, il y avait le Syndicat national des enseignants-chercheurs (Synadec), le Syndicat national de l'enseignement fondamental (Snef) et le Syndicat national des enseignants du secondaire et du supérieur (Sness). Mais avant de prendre part aux travaux du comité, les syndicats ont d'abord eu des séances de travail afin d'harmoniser leurs points de vue sur les préoccupations des enseignants.

Nous avons donc rédigé l'avant-projet de loi que nous avons transmis au gouvernement. Ce dernier a aussi apporté ses amendements avant de le faire parvenir à l'Assemblée nationale. Il faut noter que les amendements du gouvernement ont provoqué une discorde au sein des syndicats qui n'avaient plus la même manière de voir certaines choses. Et le Sness a eu une position qui n'était plus celle que devait défendre un syndicat. La loi a néanmoins été adoptée par l'Assemblée nationale. Il faut aussi noter qu'à propos de cette loi, nous avions formulé des amendements dont un seul a été pris en compte. Nous étions furieux pour cela parce que nous avions trouvé que l'article 102 de la loi était liberticide. Nous avions estimé que s'il n'y avait plus de liberté, les Services de sécurité universitaire (SSU) n'avaient plus leur raison d'être.

A cette étape, avez-vous eu des contacts avec les autorités en charge de l'enseignement supérieur ?

Suite à notre déclaration, les présidents des deux universités nous ont rencontrés. Et au cours de la même réunion, ils nous informés qu'une note du ministère des Enseignements secondaire, supérieur et de la recherche scientifique (Messrs), arrivée à leur niveau, disait que les projets de texte d'application avaient été élaborés et transmis à qui de droit. C'est-à-dire le Premier ministre. La note disait également que le Premier ministre avait promis de faire vérifier la conformité de ces textes avec la loi par un comité technique. Et qu'après cette étape, nous allions être conviés à une rencontre. Nous avions jugé qu'il y avait eu vice de procédure parce que nous n'avions pas été associés à la rédaction des projets de textes d'application de loi.

Mais quand nous avons été conviés pour débattre des projets, nous avons estimé qu'il ne fallait pas trop tirer sur les détails. Nous avons donc accepté d'y prendre part. Et pour cela, nous reçu un dossier constitué du texte de la loi et de 15 projets de texte d'application. Après vérification, nous nous sommes rendu compte qu'il manquait ce que nous considérons comme étant l'essentiel. Il s'agit du projet de texte d'application relatif aux grilles salariale et indemnitaire. Quand nous avons posé le problème des textes manquants, on nous a répondu : « S'agissant du défaut de projet relatif aux grilles salariale et indemnitaire, le président du comité technique paritaire (CTP), c'est-à-dire le secrétaire général du Messrs, a rappelé que le CTP a été convoqué pour débattre des points inscrits à son ordre du jour et non pour faire des propositions nouvelles.

Par ailleurs, il n'a pas compétence de débattre de projet à caractère financier. » Nous avons été surpris par cette réponse et avons demandé de compléter les textes afin qu'on puisse en débattre. Mais une réponse d'un technicien du Premier ministère qui disait qu'il « faut faire l'état d'avancement de l'élaboration des textes ci-manquants » nous a édifiés davantage sur la situation. Dans cette déclaration, nous avons compris qu'ils n'avaient pas fini de les élaborer. Pourquoi ne nous l'ont-ils pas dit plus tôt ? Ou est-ce parce qu'ils se jouent de nous ?

Les négociations ont échoué cette fois-ci. Est-il prévu une autre rencontre ? Apparemment non. Parce qu'ils nous ont parlé de question de calendrier lorsque nous leur avons demandé de compléter les textes et de convoquer une autre réunion pour en débattre. Nous avons claqué la porte. Mais d'autres personnes ont travaillé à notre place. Les autres représentants syndicaux qui ont travaillé n'étaient pas du supérieur. Nous demandons au gouvernement d'avoir un peu de respect pour nous.

Nous voulons la transparence. La loi et les textes d'application existent. Le gouvernement entend les mettre en application à partir de janvier 2011. La loi a été prise pour régir la vie des enseignants hospitaliers-universitaires et chercheurs. Pour cela, il faut qu'on apprécie les textes d'application ensemble. La transparence veut qu'on puisse discuter de tous ces textes. Et nous, les partenaires sociaux, serons rassurés. Mais quand le gouvernement nous cache un aspect de la question, nous ne sommes pas rassurés.

Qu'attendez-vous concrètement du gouvernement ?

Pour nous, il est évident qu'il va falloir organiser une autre réunion parce que le travail qui a été fait du 18 au 23 octobre 2010 ne nous engage pas. Nous n'y avons pas été véritablement associés. Selon notre principe, nous discutons de l'ensemble de tous les textes. Mais à la rencontre, il n'y a pas eu tous les textes. Comme ils ont insinué qu'ils n'ont pas encore fini d'élaborer tous les textes, quand ils auront fini, ils vont nous convier à une autre rencontre.

Vous avez claqué la porte alors que les représentants du Sness ont suivi les travaux. Est-ce à dire que vos divergences de points de vue demeurent toujours ?

Le Sness prétend regrouper des enseignants du secondaire et du supérieur. Dans le temps, c'était vrai. Aujourd'hui nous cherchons vainement des représentants du Sness qui sont du supérieur. Si nous les trouvons, ils sont directeurs de ceci ou de cela. Ils ne sont pas intéressés par les questions syndicales. Le Sness a désormais en projet, puisque ses membres du supérieur n'existent presque plus, de réunir à la fois les enseignants du secondaire et du supérieur. La preuve, quand on a invité le syndicat, pourquoi n'ont-ils pas envoyé des enseignants du supérieur ? Ils ont préféré aller eux-mêmes. Ils sont en réalité mus par la logique des perdiems. Nous sommes membres de syndicats et il doit exister la solidarité entre nous.

Jacques Théodore Balima/Fasozine



03/11/2010
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