L\'atmosphère à l\'Université de Ouagadougou

Crise à l’Université polytechnique de Bobo-Dioulasso : Accalmie d’une situation plus qu’inquiétante

Depuis janvier 2010, l’Université polytechnique de Bobo-Dioulasso (UPB) est en proie à de fréquentes suspensions des cours dues aux grèves des étudiants. Ces manifestations pour exiger de meilleures conditions d’études ont conduit à l’interdiction pour trois d’entre eux, de prendre part aux examens de fin d’année. Le 14 avril 2010, ils ont repris les cours et la médiation a permis la levée desdites sanctions.

« Tout allait très bien pendant le premier trimestre. C’est au retour des congés qu’en janvier 2010, les étudiants m’ont rencontré pour discuter de leur plateforme revendicative ».

C’est en ces termes que le président de l’UPB, le Pr Hamidou Boly explique le début de cette situation embarrassante que vit aujourd’hui l’Université de Bobo-dioulasso. De cette plateforme revendicative, il retiendra essentiellement l’indication de la tombe de Dabo Boukary, le retrait des services de sécurité universitaire et la réduction des frais de scolarité de 15 000 à 7 500 F CFA.

A cela s’ajoutent l’augmentation du nombre de cars, la réduction du coût de transport de 1 000 à 500 F CFA, l’amélioration qualitative et quantitative du repas et l’augmentation des salles de cours. Pour le président de l’UPB, les questions portant sur la tombe de Dabo Boukary, les frais de scolarité et le service de sécurité ne sauraient être discutées dans le seul cadre de l’UPB. Elles ne seraient donc pas de sa compétence.

Mais à entendre le président du comité exécutif de l’ANEB/Bobo, Alexis Tapsoba, « ces revendications s’imposent à nous à cause des difficiles conditions d’étude que nous vivons ». En effet, s’est-il justifié, le matériel de travail est vétuste, les capacités des salles de cours dépassées et le CENOU ne dispose que de 12 cars pour environ 2 800 étudiants (soit 130 étudiants par car de 70 places).

En outre, a-t-il précisé, environ 120 plats leur sont servis par jour et seulement 435 étudiants sont logés dans les cités universitaires. Après de longues discussions infructueuses, a-t-il poursuivi, les étudiants se sont résolus à recourir à la grève.

Ainsi, ils ont observé une journée de protestation, le 22 janvier 2010. Par la suite, le système de double flux, de transport à 6 et 7 heures a été institué pour remédier à la situation. Ayant jugé ces mesures insuffisantes, les étudiants ont initié 48 heures de grèves (les 9 et 10 mars), à travers un sit-in suivi de marche-meeting qui a connu, le 1er jour, une intervention des forces de l’ordre.

A cette occasion, dit le président Boly, certains étudiants ont empêché leurs camarades de suivre les cours. « Il est de la liberté de chacun, de suivre les mots d’ordre de grève et aucun étudiant n’a le droit d’empêcher les autres de faire les cours », a-t-il insisté. Ces étudiants appréhendés ont été traduits en conseil de discipline. Pour ceux qui ont reconnu les faits, a poursuivi le président de l’UPB, ils ont été acquittés.

« Mais les étudiants qui ne sont même pas venus ont refusé de reconnaître l’existence de l’instance. C’est donc pourquoi ils ont été interdits de prendre part aux examens de fin d’année », a-t-il dit. Les étudiants ont remis la suspension de leurs camarades sur la table comme un nouveau point de revendication et parlent désormais de la résolution des « problèmes pressants ». Il s’agit notamment du transport, de la restauration, des cités universitaires, des salles de cours et du recrutement des étudiants dans les filières professionnalisantes par voie de test.

Les sanctions des 14 étudiants levées

Le 9 avril dernier, le DG du CENOU, Mamadou Dicko venait les rencontrer avec, dans ses valises, l’invite au dialogue et aussi de nouvelles propositions. Malgré ces problèmes auxquels est confrontée son institution, M. Dicko leur annonçait l’acquisition prochaine de 150 bus par le CENOU, la construction d’une cité de 500 chambres à Nasso et l’ouverture d’un restaurant central à Bobo-Dioulasso.

Sur la question des filières professionnalisantes, le président de l’UPB est clair : « Les filières de génie civil n’existaient pas à l’UPB. Ils l’ont demandé et nous leur avons dit que ce serait à titre privé, soit 250 000 F CFA selon les textes. Elles ne sont donc pas pour ceux qui paient 15 000 F CFA ». Et le président de l’UPB pense qu’ils vont trop loin. « Si ce n’est pas eux, l’Etat ne transporte aucun étudiant sur le campus. Le CENOU leur consacre 27 000 F CFA par mois pour le transport alors qu’ils ne paient que 1 000 F.

Il dépense 800 000 F pour chaque étudiant par an et l’UPB, plus de 900 000 F CFA. S’ils veulent la qualité, qu’ils mettent le prix », a-t-il laissé entendre. Il a conclu que la fermeture du campus de Nasso devient de plus en plus une évidence si rien n’est fait : « Nous sommes à 80 ou 90% du programme. Automatiquement on fixera la date des examens et tant pis pour ceux qui ne seront pas là ».

A propos, le président de l’ANEB se défend : « La grève n’est un plaisir pour personne. Seulement, les conditions ne nous permettent pas d’étudier et nous sommes amenés à nous déterminer pour espérer plus ». Au sujet des 14 étudiants sanctionnés (blâmes et suspension), Hamidou Boly dit avoir rencontré les étudiants le 12 avril 2010 (de 9 heures à 17 heures), 1er jour de 72 autres heures de grève engagée pour exiger leur réintégration. « Nous leur avons demandé d’écrire des demandes de levée de sanction adressées au ministre et nous les appuierons pour qu’ils aient une suite favorable », dira Hamidou Boly.

L’ANEB ne l’entendait pas ainsi, mais aux dernières nouvelles, chaque partie aurait mis de l’eau dans son vin. L’ANEB a finalement consenti à adresser une demande d’excuse commune au nom des 14 sanctionnés, au ministre des Enseignements secondaire, supérieur et de la Recherche scientifique. Selon le président de l’ANEB contacté au téléphone, les sanctions ont été levées et l’UPB vit une accalmie avec la reprise des cours depuis le jeudi 14 avril 2010. Toute chose qui a été confirmée par le président de l’UPB, Hamidou Boly.

Clarisse HEMA & Jean-Marie TOE  Sidwaya



23/04/2010
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